15ème anniversaire du décès du sage de Tivaouane (14 septembre 1997 - 14 septembre 2012) : Serigne Abdoul Aziz Sy, un régulateur social hors norme

 

 

 

 

Ceux qui ont connu El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh ne cessent de puiser à la source inépuisable de son enseignement. De son vivant, il fut un modèle d’homme dans une société sénégalaise marquée par le goût du luxe et du lucre. Ayant assuré l’héritage spirituel du Mawdo Malick Sy de mars 1957 à septembre 1997, Serigne Abdou, comme on l’appelait familièrement, fut l’incarnation de la foi. Quinze ans après sa disparition, son oeuvre est toujours actuelle.
Né en 1904 à Tivaouane, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh a fait l’essentiel de ses humanités à Fass-Touré, auprès de Serigne Hady Touré, un «moukhadam» de son père Mawdo Malick Sy. Reconnaissons au deuxième khalife général des Tidianes – après Serigne Babacar Sy (1922 à 1957) – sa grande culture islamique, son incomparable talent de poète et son inimitable timbre vocal. Ces dons exceptionnels faisaient d’ailleurs dire à Serigne Babacar, son frère aîné : «Abdou n’a pas appris tout ce qu’il sait. C’est Dieu qui l’a naturellement ouvert à la connaissance». 
Des qualités d’El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, retenons aussi sa générosité exemplaire. «Il pouvait tout donner. Il avait tout donné. Attendant tout de Dieu, il ne rechignait jamais à donner», affirment ses proches. Un des traits distinctifs du défunt khalife général des Tidianes était son ardent désir de satisfaire tout le monde. Son ambition supérieure était de faire de ses concitoyens des hommes vertueux, guidés par le souci de l’intérêt général et évoluant en marge des conduites répréhensibles indignes d’une terre d’élection de l’Islam comme le Sénégal. 
El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh s’est signalé à la postérité par les travaux de restauration de la «zawia» de Mawdo Malick de Tivaouane et la construction d’une nouvelle grande mosquée dans la métropole tidiane. Il a également redonné vie au champ-école de Diacksao créé par El Hadj Malick Sy, en s’y livrant à d’importantes activités agricoles et de formation religieuse. Eminent jurisconsulte et exégète de tous les textes islamiques, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh, imbu de sagesse, a servi ses semblables, défendu la cause de l’Islam et de la Tidianiya, dans la crainte absolue de Dieu.

Un vide difficile à combler
Ce 14 septembre 2012 marque le 15e anniversaire de son rappel à Dieu. L’ombre de celui qui, pendant 40 ans, assuma la charge de chef suprême de la communauté tidiane du Sénégal, continue de planer sur notre pays où il a laissé un vide jamais comblé. Avec ces crises que traverse la société, sa sagesse et sa lucidité nous manquent cruellement. On se rappelle que d’innombrables crises politiques, syndicales et universitaires ont été dénouées dans le salon de Serigne Abdou qui savait, lui, qu’un guide religieux est, avant tout, un rassembleur de toutes les forces sociales.
Aussi, faisait-il autorité de par sa sagesse, son humilité et sa vaste culture. À cette date anniversaire de sa disparition, l’on ne peut manquer d’évoquer la mémoire du défunt khalife général des Tidianes et rappeler que dans un Sénégal traversé, parfois, par des crises, l’homme de Dieu choisissait d’être à l’écoute et au service de ses concitoyens. 
À équidistance des leaders politiques, il était aussi le républicain qui n’hésitait pas à s’impliquer, en temps de crise, pour aplanir les divergences entre forces sociales. El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh ne se taisait jamais quand le front social était en ébullition.
Invitait-il les autres chefs religieux à s’investir à ses côtés et à tenir un langage de vérité à leurs fidèles pour que s’estompent les crises. Au pouvoir temporel, il n’a jamais cessé de lui demander de mieux se soucier des populations, avec la définition et la conduite de politiques de développement. Humble, courtois et serviable, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh a su réaliser, dans le pays, un tissu relationnel très dense, avec un seul et unique objectif : mieux cimenter la nation sénégalaise. Cela n’étonne pas chez cet homme qui a appris et assimilé que l’Islam, de par l’origine étymologique du terme, est une religion de paix.

Hymne à l’entente fraternelle
Il a toujours enseigné que l’Islam, message universel délivré à travers le Coran, est un guide normatif pour le bien, un appel à la justice sociale, un hymne à l’entente fraternelle et un incomparable instrument de rapprochement des hommes. Dans Tivaouane, courue à l’époque par des parties en conflit, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh avait le secret de faire taire les querelles, en délivrant le message de la foi. De cette foi qui est pondération, modération et espoir pour des adversaires d’un moment. Brièvement, voilà Serigne Abdou. Cela fait quinze longues années que Dabakh nous manque. 

Lesoleil.sn