Générosité, humilité, tels sont les caractères que Amadou Diop essaie de cultiver. L’ex lion de la téranga, croit par ailleurs être le mieux placé pour parler de Jules François Bocandé, à juste titre peut-être. Les deux hommes se sont côtoyés depuis l’équipe nationale junior jusqu’en sénior. Des meilleurs moments en équipe nationale, aux pires en passant par l’origine du surnom « Boy bandit », l’homme retrace son parcours riche en trop
hées.
Amadou Diop
Amadou Diop est un vrai sportif doublé d’un musulman qui respecte ses prières et qui essaie d’être humble, généreux envers les amis, les populations et le monde sportif. Je suis né à la Médina, j’y ai grandi et j’y vis actuellement. Je suis donc un digne fils de la Médina de la génération de Youssou Ndour et consort. Pour ma date de naissance, je la garde pour moi-même. Je suis marié, père de 5 enfants. Il y a mon fils ainé qui est agent de joueur à Nice en France, les autres sont ici à Dakar. J’ai une femme extraordinaire (sourire) qui a été basketteuse au Diaraaf. Côté famille, c’est la parfaite entente.
Carrière
C’est au quartier qu’on m’a détecté pour m’amener au Diaraaf. Par la suite, j’ai eu la chance de rencontrer des émiratis qui étaient venus à Dakar pour chercher des joueurs. Ce dimanche là (1979), le Diaraaf jouait la Coupe d’Afrique des clubs champions contre une équipe libérienne. Après le match, il y a un Sénégalais qui s’est approché de moi pour me dire que des Arabes veulent me parler. Quand j’y suis allé, ils m’ont donné rendez-vous à l’hôtel Téranga pour un diner. J’ai demandé la permission à ma mère qui m’a autorisé à y aller, parce qu’à l’époque les mères étaient très méfiantes quant à laisser leurs enfants sortir. Lors du diner, les recruteurs Arabes m’ont proposé de m’amener pour un test aux Emirats-Arabes-Unis et éventuellement un contrat. De retour à la maison, j’en ai discuté avec ma mère qui n’était pas d’accord. Mais je lui ai fait comprendre qu’il s’agit de gens de la Mecque et qu’elle pourrait faire le pèlerinage. Elle a finalement accepté et j’y suis allé. Lors de mon premier entrainement, ils ne m’ont même pas laissé le temps de finir pour me faire signer le contrat. J’y ai passé deux ans avant de revenir à Dakar. J’ai joué entre autres à Oman, en Tunisie, au Gabon, à Laval en France et Portugal (1987 à 1988).
La tanière
D’abord en équipe nationale junior du temps de Mawade. On est passé par la semaine de la jeunesse lors de laquelle je faisais partie de l’équipe du Cap-Vert. La continuité a été de se retrouver en équipe nationale junior. De là, je suis passé à l’équipe nationale A en 1978. Avant de rejoindre l’équipe nationale, c’était l’équipe du Diaraaf où j’ai retrouvé les meilleurs milieux de terrain du pays, tous des internationaux. Alors que j’étais le bébé (jeune et nouveau) du club, je pouvais me dire que je n’avais pas ma place sur le terrain, mais j’ai saisi la première occasion qui m’a été offerte pour me faire une place. C’était pareil en équipe nationale où j’ai retrouvé des joueurs comme Mbaye Fall, Abdoulaye Ba, Thierno Mboup, Omar Diop, Christophe Sagna, pour ne citer que ceux-là. Je me suis donc fait une place parmi ces gens et c’était une chance de jouer avec eux. Les meilleurs moments en équipe nationale, c’est notre fameux match en 1985 à Dakar contre le Zimbabwe qu’il fallait battre sur un écart de 2 buts (le Sénégal avait perdu au match aller sur le score d’un but à zéro) pour aller en Coupe d’Afrique des nations après plusieurs années d’absence. C’est notre cher Jules François Bocandé, qui nous a quittés, qui avait marqué les trois buts de la rencontre. Le cauchemar de ma carrière, c’est la défaite en 1986 en Egypte lors de la CAN contre la Côte d’ivoire alors que tout le pays croyait en nous. On était favori mais par manque d’expérience on n’a pas su gérer le match alors qu’il nous fallait juste un match nul parce que nous avions battu le pays organisateur, Egypte. Malheureusement, nous avions mal géré le match contre la Côte d’Ivoire ; ce qui nous a valu l’élimination alors que c’était la première CAN pour notre génération.
Jules François Bocandé
Jules était un plus pour moi ; on avait une complicité depuis l’enfance. On a appris à se connaitre quand on s’est retrouvés en équipe nationale junior vers 1976. C’est de là que tout a commencé et depuis lors on ne se quittait plus, à part le fait qu’il vivait en Casamance et moi à Dakar. Lorsque nous avons été professionnels, nous avons gardé les contacts et nous passions souvent les vacances ensemble, soit en Casamance ou à Dakar. Jules était un homme généreux, un homme de vérité, un homme de cœur. Il était très sincère dans ses démarches, dans ses relations. Je crois être mieux placé pour témoigner sur lui. Il était un vrai guerrier, un homme qui n’aimait pas perdre. Il se donnait corps et âme pour remporter un match. Donc c’est lui qui nous inculquait cette rage de vaincre en équipe nationale. Beaucoup de gens croyaient que Jules était né avant-centre alors qu’il était milieu de terrain avec beaucoup de bagages techniques. Après, il a joué en défense avant de se reconvertir en numéro 9. C’est avec cette polyvalence qu’il était le tigre des surfaces, parce qu’il était très adroit avec un physique impressionnant.
Le surnom « Boy bandit »
J’étais tout petit et un jour il y a nos grands frères qui jouaient un match de 5 contre 5 sur la route. L’une des équipes n’était pas au complet et m’a fait appel pour jouait avant l’arrivée du cinquième. Lors du match j’avais le ballon et un grand qui courait derrière moi. J’ai alors fait semblant de tirer, puis je lui ai servi un petit pont. Tout est parti de là : des gens on dit « boy bi bandit la » (ce garçon est un bandit).
Aujourd’hui
J’ai arrêté ma carrière en 1994 parce j’ai rencontré un prince Emirati qui m’a proposé de me reconvertir en consultant et manager agent recruteur. C’était une proposition sur laquelle je ne pouvais cracher. C’est ainsi que j’ai recruté pas mal de jeunes Sénégalais et africains comme Kalusha Bwaliya qui est aujourd’hui président de la Fédération zambienne de football, Amara Traoré (ex-coach des lions). C’est de là-bas que je me suis reconverti. J’ai eu entre-temps le goût d’être coach de Diaraaf parce qu’à un certain moment l’occasion s’est présentée alors qu’on n’avait pas de coach. J’ai donc assuré l’intérim. Et puis il y a aussi le beach soccer auquel j’ai pris goût. Je suis maintenant entraineur de l’équipe nationale. On prépare la Coupe d’Afrique pour bientôt et éventuellement on aimerait se qualifier pour la Coupe du monde de 2013 en Tahiti.
Palmarès
J’ai gagné tous les titres nationaux et d’autres régionaux : le championnat, la coupe du Sénégal, le tournoi du parlement, la coupe CEDEAO avec l’équipe nationale, le trophée Amilcar Cabral (6 fois) plus les titres de meilleur joueur et meilleur butteur lors du tournoi de la CEDEAO en 1985 à Dakar. Comme entraineur, j’ai gagné deux fois la Coupe du Sénégal avec le Diaraaf, un championnat. Pour le beach soccer, j’ai été nominé meilleur entraineur en Californie aux Etats-Unis où j’ai gagné le tournoi. J’ai aussi gagné la Coupe d’Afrique de beach soccer deux fois. J’ai été trois fois en Coupe du monde de beach soccer et aujourd’hui le Sénégal est classé 6ème au plan mondial et 1er en Afrique.
Publié le 26 décembre 2012 par Archipo